Rapport de Police (Part.2)

 

 

LES ORIGINES DE LA SERIE

 william-blinn-2009-fame-fame-tv-series-cast-of-fame.jpg A l'origine de la série, on trouve le scénariste et futur producteur William Blinn (photo). Blinn, qui avait déjà oeuvré sur "Les Envahisseurs" (1967/1968) et qui, plus tard, collaborera à "Hunter" (1977) avant de connaître un vif succès avec "Fame" (1982/1988). En ce milieu des années 1970, Blinn s'intéresse à l'écriture d'une série policière avec en tête deux axes bien précis :

- Tout d'abord, ne pas concevoir une nouvelle série policière mettant en vedette des flics en uniforme (le succès de "Kojak" et de "Columbo" lui montrant bien que cet aspect typique de la production américaine est alors un peu daté);

- Ensuite mettre en scène un duo de jeunes flics aux caractères totalement opposés.

Pour le brun, Blinn emprunte le surnom d'un joueur de football qu'il a connu à l'Université, Starsky. Pour le second, et c'est bien plus difficile, Blinn en arrive à consulter l'alphabet et s'arrête à la lettre H pour concevoir le nom de Hutch, ajoutant à ce dernier le prénom de Kenneth qui confère à l'ensemble une allure "moyenne bourgeoisie" à laquelle Blinn est attaché par opposition à Starsky d'extraction sociale bien plus modeste. Ainsi, naissent Starsky et Hutch sur le papier au cours du printemps 1974.

Blinn passe ensuite à l'étape de la production et rencontre Leonard Goldberg qui va contribuer à développer chacun des deux personnages en s'appuyant notamment sur des articles de presse relatant les exploits d'un couple de policiers habillés comme les gens de la rue et travaillant de nuit. A partir de cette somme journalistique, Goldberg insiste sur le fait que Starsky et Hutch devront se comporter tels des frères de sang dans le téléfilm à venir. Le premier titre donné au projet de téléfilm est : "Nightwork".

Le projet attire l'attention de Fred Silverman, l'un des grands patrons du réseau ABC. Silverman sait, qu'à l'époque, le réseau ABC fait figure de parent pauvre dans le paysage télévisuel américain, toujours classé loin derrière les deux autres networks nationaux, CBS et NBC. Toutefois, sous son impulsion, la chaîne a changé de politique et programmé des séries qui obtiennent aussitôt de meilleurs scores d'audience. C'est ainsi que, lorsque la production du show sera définitivement lancée, ABC programmera, en une même soirée, le mercredi soir à 21 puis à 22h, les deux séries "Baretta" (1974/1978) interprétée par Robert Blake suivie de "Starsky & Hutch".

Toutefois, après lecture du scénario de "Nightwork", Silverman objecte à William Blinn et à Leonard Goldberg que ce téléfilm impose un tournage de nuit, ce qui peut rapidement virer au cauchemar pour toute l'équipe. Une réécriture est donc nécessaire tandis qu'une autre personnalité va venir se greffer sur la future série : Jospeh T. Naar. Ce dernier vadévelopper les relations entre les deux policiers afin de constituer un véritable duo.

Enfin, nous ne saurions être totalement précis sans évoquer le rôle joué par Aaron Spelling qui, lui aussi, décèle rapidement le potentiel contenu dans cette histoire. Aaron Spelling est, en 1975, un des grands producteurs d'Hollywood, qui a su imposer une véritable marque de fabrique à ces différents programmes tels que "La Nouvelle Equipe" (dont les héros étaient des flics jeunes et parfois vêtus tels des hippies. Condamnés à se faire pardonner leurs erreurs de jeunesse, ils devaient se consacrer à la lutte contre le crime. L'impact auprès du public fut au rendez-vous débouchant sur la diffusion de 124 épisodes sur le réseau ABC, du 24 septembre 1968 au 23 août 1973), ou encore "S.W.A.T." qui, à partir de 1976, présentera les actions des unités d'intervention sans oublier les "Drôles de Dames", soient des flics au féminin. En définitive, Spelling se rend très vite compte qu'avec ce nouveau concept il tient là une idée à même de séduire les adolescents des années 1970.

LE PILOTE

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Dans cette perspective, et afin de répondre à la commande de ABC, Spelling et Blinn ont développé le concept d'une nouvelle série policière au rythme musclé. Toutefois, ce que peu de téléspectateurs savent, c'est que le pilote de "Starsky & Hutch" (photo) (le titre "Nightwork" ayant été abandonné en cours de route puisque, désormais, les aventures de deux policiers vont se dérouler en plein jour), avait été conçu à l'origine pour être un simple téléfilm a priori sans lendemain. Ainsi, Paul Michael Glaser, qui ne tenait pas du tout à s'engager pour une série de longue durée, avait-il signé un contrat pour cet unique téléfilm et c'est tout.

Dans le cadre du travail de préparation échaffaudé par la production, et par William Blinn, on apprend que les deux héros ont des profils bien déterminés :

- Starsky a grandi dans les rues de New York où son père a été tué alors qu'il n'était encore qu'un gosse. De là, ce sentiment de protection pour sa mère et son jeune frère (que l'on découvrira dans l'épisode 81, "Un cas difficile", au cours de la saison IV). Envoyé à Los Angeles afin de vivre avec son oncle et sa tante, Starsky n'est pas très intéressé par les études et s'est engagé dans l'armée faisant même un séjour au Vietnam. De retour dans la vie civile, il intègre l'Académie de Police où il rencontre Hutch.

- Ce dernier présente un parcours plus différent. Il est originaire d'une famille bourgoise et scandinave habitant Duluth dans le Minnesota. Peu attiré par le fait de reprendre les affaires familiales, il est allé à l'Université en Californie puis à l'Académie de Police. Brièvement marié à Nancy (référence y ait faite dans le pilote, elle s'appelera par la suite Vanessa dans la série), Hutch est plutôt instable avec les femmes (un élément récurrent de la série) et celles qui l'attirent le plus s'avèrent être souvent en situation difficile ou dotées d'un caractère très discutable (prostitués, menteuses et manipulatrices, criminelles, etc...).

Au moment d'établir le casting, les producteurs, Aaron Spelling et Leonard Goldberg, optent pour une sage décision : plutôt que d'associer deux comédiens de renommée évidente avec tous les risques de confrontation d'égo que cela suppose, ils décident de recruter deux jeunes inconnus. Le choix de David Soul pour être Ken Hutchinson s'impose comme une évidence tant son physique et sa personnalite collent au personnage tel qu'il est défini dans la bible de départ (l'expression "bible" désignant le document d'origine recensant l'ensemble des détails relatifs aux héros du show et à leur environnement, un outil très utile pour les scènaristes). Qui plus est, David Soul avait déjà travaillé avec le duo Spelling/Goldberg sur de multiples projets dont notamment un épisode du show "The Rookies" (une autre production Spelling, diffusée de 1972 à 1976, racontant les enquêtes de jeunes policiers en uniforme et qui a vu les premiers pas de Kate Jackson face à une caméra).

Par contre, le recrutement de celui qui devait jouer Starsky est bien plus laborieux. Pas moins de 80 comédiens auditionnent pour le rôle. Le test proposé étant une scène visible dans le pilote, le moment, où, le duo procède à un interrogatoire dans un bar. Plutôt que de jouer au dur, approche choisie par tous les autres postulants, Glaser opte pour une démarche plus fantaisiste, mangeant même des cacahuètes pendant sa prestation (sous le conseil, dit-on, du futur réalisateur du pilote Barry Shear). C'est en imposant un style cool et décontracté que Glaser emporte la décision.

La distribution artistique établie, on confie donc la réalisation du pilote à Barry Shear, cinéaste vétéran de la télévision, décédé en 1979, et auteur de quelques incursions dans le cinéma avec "Les Troupes de la Colère", en 1968, ou "Meurtres dans la 110è rue", en 1972. Ce qui est le plus frappant lorsqu'on découvre ce pilote, peu diffusé par les chaînes françaises jusqu'à sa récente programmation en V.O. sur Série Club, c'est l'enthousiasme perceptible des deux comédiens pour incarner leurs personnages respectifs. Joie qui préfigure la tonalité à venir de la série où l'humour sera toujours une constante. Ce tétéfilm, diffusé pour la première fois le 30 avril 1975, dans le cadre des "Wesneday Night at the Movies" proposés par ABC, va enregistrer la meilleure audience de toute la saison. Une commande de 22 épisodes est donc signée, perspective que finit par accepter Paul Michael Glaser malgré ses réticences intitiales. Il faut bien payer ses factures...

Pour la partition musicale, on requiert les bons offices de Lalo Schifrin (vous savez "Mission : Impossible" ou "Mannix", c'était lui !), et comme une série policière ne peut se passer de poursuites en voitures et de fusillades, on emploie pleinement les capacités de Charlie Picerni pour coordonner toutes les cascades. Un observateur attentif des épisodes pourra remarquer qu'il double systématiquement Paul Michael Glaser dans les scènes dangereuses. Il est même un des rares cascadeurs à apparaître au générique de la première saison, lorsqu'il saute de la voiture qui explose à la fin dudit générique. Notons enfin que c'est Richard Ward qui incarnait le capitaine Dobey dans le pilote, il sera ensuite remplacé par Bernie Hamilton.

LA DIFFUSION

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Les deux acteurs principaux sélectionnés par l'équipe des producteurs ont le même âge, 32 ans, et, déjà à l'époque, un parcours bien rempli. Paul Michael Glaser a étudié le théâtre à l'Université de Boston. En 1971, il tourne dans le film "Un Violon sur Le Toit" sous la direction de Norman Jewison. Quant à David Soul, il est originaire de Chicago. Passionné demusique, il enregistre plusieurs albums avant d'être totalement accaparé par la série. Il est à noter qu'on l'a aperçu affrontant Clint Eastwood dans "Magnum Force" de Ted Post en 1973 aux côtés de Robert Urich et de Tim Matheson.

Les deux personnages sont bien définis psychologiquement et forment un tandem complémentaire. Le premier a tout du frimeur macho, du banlieusard pas très malin qui passe ses économies et son temps à bichonner sa voiture rouge tomate. Le second ne s'est pas remis de Woodstcok et fait partie de la génération Peace and Love. C'est un baba cool aux préoccupations vaguement écologiques qui passe son temps à tester de nouvelles décoctions afin de vivre sainement.

Le réseau ABC ayant donc été conquis par ce duo de charmeurs et de bagarreurs, la série démarre dès le 03 septembre 1975 et c'est une véritable déferlante. En 1976, les deux acteurs reçoivent au moins 20 000 lettres de fans par semaine et la série grimpe en seizième position du palmarès des émissions TV. Le service mercatique de Ford profite de la circonstance pour imposer l'utilisation d'une Ford Torino, modèle 1974. Ainsi, l'intégration de produits publicitaires dans une série grand public, déjà perceptible avec "Hawaii Police d'Etat" et l'emploi de véhicules Ford, s'intensifie-t-elle.

De toutes les saisons, c'est, me semble-t-il, la première et la quatrième qui demeurent les plus intéressantes. En effet, la saison IV comprend notamment un épisode en trois parties d'excellente facture ("Ah! Quel beau rôle", épisode n° 87 et 88) qui sera prolongé par le 90è et ultime épisode : "Que la vengeance est douce". Il est utile d'ajouter que, sur 90 épisodes, onze furent réalisés par George Mc Cowan qui est un peu à "Starsky & Hutch" ce que fut Irving J. Moore aux "Mystères de l'Ouest".

Toutefois il ne faut pas négliger ceux dirigés par Paul Michael Glaser ou David Soul. A ce sujet, le dernier épisode est l'oeuvre de Paul Michael Glaser, l'acteur voulant mettre un terme à la série en signant, en quelque sorte, la mort du personnage. Quant aux acteurs secondaires comme Huggy Bear interprété par Antonio Fargas, on va tenter, en 1977, de les transformer en héros à part entière dans un spin-off tourné par Charles Ennis Starrett Jr (épisode n°42 "Pas de chance Huggy" au titre prémonitoire). Ce fut un échec.

Dernière précision, on peut lire au générique le nom d'un certain Michael Mann, le créateur de "Deux Flics à Miami", série pour laquelle le lien de parenté avec "Starsky & Hutch" est plus qu'évident. Parmi les autres techniciens et/ou responsables qui ont apporté leur concours à la série, on peut mettre en évidence les noms suivants :

- Joseph T. Naar dont le fonction est celle d'une sorte d'interface entre les producteurs exécutifs et les acteurs (rôle crucial, nous y reviendrons, à la fin de la seconde saison quand Paul Michael Glaser exprimera des vélléïtés de départ...).

- Le responsable des effets spéciaux : Dutch van Derbyl,
- Les cascadeurs Charles Picerni (doublure de Paul Michael Glaser) et Gary Epper (doublure de David Soul et qui avait déjà travaillé avec lui pour la série "Here Come the Brides"),
- Asa Boyd Clark (qui a monté l'intégralité des épisodes mis en scène par Paul Michael Glaser).

 

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